Analyse | Éliminé, le Canadien a beau jeu de se tourner vers l’avenir
C’est une défaite, mais certainement pas un échec. C’est une déception fortement teintée d’optimisme, comme une gorgée d’une agréable amertume. Le Canadien est éliminé. Il peut se permettre de rêver. Les Capitals ont finalement été un peu trop pour le CH. Un peu trop costauds, un peu trop expérimentés, un peu trop équilibrés, bref, un peu trop forts. Face à un adversaire qui avait récolté 20 points de plus au classement et qui possède une vaste expérience éliminatoire, en dépit du fait que Washington a remporté la série en cinq matchs, les Montréalais ont offert une féroce opposition. C’était loin d’être parfait : ils ont été plus souvent qu’autrement malmenés physiquement, dominés à cinq contre cinq, au départ un peu intimidés. Mais ils se sont adaptés, sont demeurés compétitifs, ont trouvé des solutions et ont eu une chance de l’emporter dans tous les matchs… ou presque. Un peu moins dans le dernier, celui de mercredi soir, perdu 4-1. Dans un vestiaire de joueurs éliminés se trouvent généralement des visages longs, des têtes d’enterrement, des regards fuyants, des murmures cassés, des athlètes fiers en train de ravaler leur fierté. Pas mercredi. Certes, il y avait de la déception et de la tristesse, mais plusieurs d’entre eux ont rapidement démontré une capacité d’analyse qui fait généralement défaut quand on a les nerfs à fleur de peau. Ç’a été une année de hauts et bas, mais on s’est tout le temps relevés peu importe les défis qu’on a affrontés. On peut être fiers, c’est beaucoup d’expérience pour plusieurs, même si ce n’est pas le résultat qu’on voulait. Il y avait cette impression que le CH n’avait rien à perdre dans ces séries puisqu’il n’aurait pas dû y être à la base. C'est vrai que sa qualification était inattendue. Ce n’est évidemment pas comme ça que les joueurs voyaient la chose, même s’il y a un fond de vérité dans cette assertion. Ce parcours permettra peut-être au Canadien de devancer son échéancier, ses plans de reconstruction. Ce n’est pas un dépassement des délais, mais un avancement. Qui, au Québec, a déjà entendu parler de semblable fiction? Les raisons d’être optimistes sont nombreuses. Cinq des six patineurs envoyés par Martin St-Louis sur la glace en fin de match pour tenter de resserrer l’écart sont encore de tout jeunes hommes. Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Lane Hutson et Ivan Demidov ont un âge moyen de 22 ans. Seul Gallagher, du haut de ses 32 bougies, faussait les données. Mieux encore, 11 des 19 joueurs en uniforme dans le cinquième match ont 25 ans ou moins. Non seulement sont-ils jeunes, mais ils constituent déjà, dans plusieurs cas, les piliers de cette équipe, le socle sur lequel l’organisation bâtit son édifice. Le CH formait, et de loin, la plus jeune équipe de ces séries et St-Louis en était bien conscient. En effet, pour être précis, 2,3 ans de moins que les Sénateurs, selon le site Elite Prospects. On peut partir d’ici la tête haute. Il n’y a aucune pierre que l’on n’a pas retournée. Dans la foulée de ce revers, toute cette belle jeunesse dit au revoir à l’un de ses vétérans les plus appréciés. David Savard, 34 ans, grand frère du groupe, gagnant de la Coupe Stanley, boute-en-train, coéquipier en or à écouter parler ses congénères, tire sa révérence après 932 matchs dans la LNH, séries incluses. Il fallait voir chaque joueur lui faire l’accolade après le match, tandis que le costaud arrière aux allures un peu bourrues essuyait ses larmes. Ralenti par son corps usé, le défenseur de Saint-Hyacinthe a décidé il y a quelques mois déjà que cette saison serait sa dernière. Savard a eu son importance ces quatre dernières années. L’une des plus belles incarnations de dévouement désintéressé. Lorsque St-Louis confiait, il y a quelques années, avoir besoin de joueurs qui l’aideraient à planter des arbres sans jamais profiter de leur ombre, on peut parier qu’il avait le Québécois en tête. Finalement, Savard aura eu le temps de profiter d’un tout petit peu d’ombrage après cette dure traversée du désert. Ce sera aux vétérans qui restent de prendre le relais. Un groupe qui a des raisons de sourire, mais ne doit pas se voiler la face non plus. Une participation aux séries éliminatoires ne mènera pas automatiquement à une ère dorée. L’entraîneur a d’ailleurs servi un avertissement à sa bande. Un engagement que Savard encourageait par son abnégation. Par le passé, d’autres moutures du CH ont laissé entrevoir de belles promesses. Par exemple, l’édition 2018-2019, qui avait été éliminée au 81e match de la saison, semblait sur la bonne voie. À la 82e rencontre, Ryan Poehling inscrivait quatre buts, Jesperi Kotkaniemi complétait sa première campagne professionnelle et l’avenir paraissait radieux. Il y eut quelques nuages finalement. Bien des choses doivent tomber en place pour bâtir une équipe dominante. Certaines reviennent aux joueurs, d’autres à l’entraîneur, d’autres encore à la direction. Les partisans peuvent toutefois espérer que cette fois sera la bonne.On va être de retour, je ne sais pas quand, on verra l’an prochain. C’est emballant pour la suite. Ce soir, c’est difficile, demain sera un jour meilleur
, a laissé tomber le gardien de but Jakub Dobes.On avait quoi, deux ans de moins en moyenne [que la plus jeune équipe après le CH]
, a demandé l’entraîneur au parterre de journalistes présents à Washington.Le plus difficile, c’est le mal être que tu ressens quand c’est fini, mais ça ne se compare pas à ce qui s’en vient. L’expérience qu’on a eue va nous aider. C’est normal ce qu’on ressent, mais c’est encourageant en sachant ce qui s’en vient
, a lancé le pilote.L’héritage
On voulait gagner [le match] pour lui. Tout ce qu’il a fait pour nos jeunes pendant quatre ans, c’est tout à son honneur
, a lancé Carrier après le match.Ç’a été un privilège absolu de le côtoyer
, a renchéri Gallagher. Il peut être si fier de sa carrière et de ce qu’il a accompli. Tous ceux avec qui il a joués vont dire la même chose : c’est un coéquipier incroyable. Il transmet ses enseignements aux gars, il les rend à l’aise, je suis juste vraiment reconnaissant d’avoir joué avec lui.
Notre jeunesse ne serait pas là où elle est présentement sans David Savard. Ç’a été un honneur pour moi de diriger cet homme. Un professionnel qui montre l’exemple à tous les jeunes qui grandissent notre culture. Il n’est pas le seul, je sais qu’on n’aura plus cette influence, mais ils sont entourés par d’autres excellents vétérans : Gallagher, Dvorak, Anderson, Matheson, Carrier, on a un maudit bon groupe
, a assuré St-Louis.De ne pas juste penser que, parce qu’on est jeunes et bons, ça va arriver. Ça prend un engagement des joueurs
, a-t-il expliqué.
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